Cinéma

Les Adieux à la reine : un naufrage féminin

© Ad Vitam

Vous n’entendrez pas beaucoup parler de cinéma français dans ce blog, mais Les Adieux à la reine en valent la peine. Le réalisateur Benoît Jacquot, que je ne connaissais pas, nous y livre une vision très subjective des premiers jours de la Révolution française, en adaptant le livre éponyme de Chantal Thomas. Subjective car les évènements sont vus à travers les yeux de Sidonie Laborde (captivante Léa Seydoux), liseuse de la reine plus que dévouée à celle-ci, et parce que Jacquot choisit d’aborder les évènements révolutionnaires du point de vue de la cour.

On ne peut s’empêcher de comparer avec le sulfureux et très bon Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006), car ce film s’en rapproche par le portrait d’une reine (Diane Kruger) coupée des réalités et concentrée sur des frivolités, mais sous l’angle cette fois de sa liaison passionnelle avec la comtesse de Polignac (Virginie Ledoyen). Un casting exclusivement féminin, donc, que le réalisateur se plaît à filmer avec sensibilité et sensualité.

Mais point de faste à outrance et de fraîcheur glamour comme dans le film chic de Coppola, ici les couleurs sont volontiers plus ternes et les rats et la boue ne sont jamais loin de l’or et des rubans. La ruine de Versailles est en marche bien avant que les insurgés n’y aient mis les pieds. C’est l’envers du décor que Jacquot nous montre quand il suit Sidonie dans sa vie de domestique, et nous ne la quittons pas pendant tout le film.

© Ad Vitam

Nous connaissons déjà cet épisode historique, et pourtant c’est avec la même avidité que les habitants de Versailles que nous découvrons par bribes, par rumeurs, ce qui se passe à Paris. Le film raconte ainsi beaucoup en se concentrant seulement sur les quelques jours qui précèdent et suivent le 14 juillet. Pas de grand souffle historique ici, mais une intrigue resserrée sur quelques personnages.

Quelques faiblesses cependant : un jeu parfois peu naturel (Diane Kruger) ou terne (Xavier Beauvois en Louis XVI), un érotisme parfois gratuit et le parti pris de dépeindre une Marie-Antoinette qui ressent plus que de l’amitié pour la duchesse et qui occulte pratiquement ses enfants. Pourtant la véracité historique est à peu de choses près bien réelle dans ce film, mais ce n’est pas ce qui importe. Oscillant entre un tableau de la Révolution et les adieux d’une de ses plus ferventes admiratrices qui passe ses derniers jours avec elle à sa reine, le film de Benoît Jacquot est un touchant drame humain.

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