Médias

Estimations avant 20h : la drôle d’info forgée par la loi française

REUTERS/Valentin Flauraud

« On se sent un peu bêtes, » n’ont pas hésité à plaisanter les journalistes de la soirée électorale de France Inter hier, quelques minutes avant 20h. « On respecte la loi, » a ajouté l’un d’eux comme justification. Bien qu’ils aient eu les premières estimations des résultats de chacun des deux tours de l’élection présidentielle dès 18h30, les médias français se sont pliés à la loi qui, depuis 1977, interdit leur publication avant 20h. Seule l’AFP, qui se considère comme à la fois française et internationale, a dérogé à la règle – reste à savoir si elle sera sanctionnée.

C’est un étrange cas de figure que nous avons là, celui d’une opposition entre la liberté de la presse, le devoir d’informer qu’a tout journaliste, et le souci de ne pas entacher la sincérité du scrutin, de ne pas influencer ceux qui n’ont pas encore voté, qui instaure une censure au nom de la démocratie. Difficile de trancher. D’autant plus que les journalistes français se sont vus être concurrencés par l’intrusion des médias étrangers, suisses et belges en particulier puisque ce sont ceux que les Français étaient les plus susceptibles de lire pour la langue, qui ne se sont pas gênés pour révéler les premiers résultats le plus tôt possible. Non seulement ils ne pouvaient pas donner les résultats qu’ils avaient eux-mêmes reçus, mais ils ne pouvaient pas non plus nous informer sur ce que disaient leurs confrères.

Cet article L52-2 paraît bien obsolète à l’heure de l’Internet, des réseaux sociaux et de la soif d’une information tout de suite, toujours plus vite. D’ailleurs, il a déjà été amendé au début des années 2000 pour réduire le laps de temps d’interdiction de diffusion des sondages et estimations d’une semaine à un weekend avant l’élection.

Il a paru bien inutile quand des Français impatients ont envahi les sites des médias étrangers et quand les twittos se sont créé tout un code en utilisant le hashtag #RadioLondres pour parler des résultats, ce qui a donné lieu à des tweets assez poétiques. Cette loi n’est pas la seule à paraître parfois ridicule : le Petit Journal a souligné avec humour que l’égalité du temps de parole pendant la campagne était respectée de manière détournée par les chaînes d’info en continu, qui compensaient le peu de temps donné aux petits candidats en diffusant et rediffusant leurs meetings pendant la nuit…

À ce compte-là, une réforme s’impose.  Mais de quel côté pencher ? Si nous jetons un œil du côté des autres pays pour voir comment se débrouillent ces médias qui se mêlent de nos affaires quand c’est à leur tour d’avoir des élections, nous pouvons observer des cas de figure opposés. Aux Etats-Unis, aucun cas de conscience : les estimations sont diffusées dès que possible sans aucune restriction par les médias, et sont même utilisés par des réseaux de militants sur le net pour motiver leurs troupes et orienter les résultats en leur faveur. D’un autre côté, en Belgique, il est impossible de connaître les premiers résultats avant le lendemain du scrutin. Dans tous les cas, aucune équivoque ou polémique n’est possible, et c’est bien ce que nous devrions reproduire…

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