Cinéma

Fête du Cinéma : les films que j’ai pu voir

Les Femmes du Bus 678

© Pyramide Distribution

Un film égyptien de Mohamed Diab sur le harcèlement sexuel ordinaire dont sont victimes les femmes égyptiennes inspiré de faits réels. Les trois héroïnes ont chacune, à sa façon, décidé d’agir : Fayza, femme de famille voilée, prend le bus tous les jours pour se rendre au travail et pas un jour ne passe sans qu’elle y subisse des attouchements. Après s’être rendue aux cours d’autodéfense que Seba donne depuis qu’elle a été violée par une foule de supporters alors que son compagnon était non loin, elle se met à employer la manière forte. Nelly, quant à elle, se fait un jour agresser sexuellement en pleine rue par un automobiliste et porte plainte – c’est la première fois qu’une femme ose porter plainte pour agression sexuelle.

Ce film choral est très réaliste, proche du documentaire dans son style, et on sort de la salle assez frappé. Au fil de l’histoire, on découvre qu’il n’y a pas un homme pour rattraper l’autre, et la société égyptienne, qui vient fièrement de réaliser une révolution et des élections démocratiques, apparaît sous un autre jour : machiste, patriarcale, constituée d’hommes dominés par leurs instincts primaires et de femmes soumises. Le film n’est pas très optimiste et dresse un tableau bien sombre des relations entre les sexes. Qu’elles se voilent comme Fayza ou qu’elles soient libérées comme Seba et Nelly, les femmes ne sont pas à l’abri.

Les Femmes du Bus 678 est donc un film intéressant, bien interprété, qui aborde le sujet sous tous les angles et qui ose élever la voix, mais qui a peut-être tendance à trop se noyer dans ce paradigme au risque d’être trop gratuit.

 La Petite Venise

Film italien d’Andrea Segre. Li, chinoise fraîchement immigrée en Italie, travaille dans une usine à Rome au sein de sa communauté, attendant de rassembler assez d’argent pour que son fils resté en Chine la rejoigne. Elle est mutée pour un certain temps à Venise pour être serveuse, et fait la connaissance de Bepi, pêcheur d’origine yougoslave. Ils deviennent amis, mais leur relation est vite confrontée à l’hostilité de leurs communautés respectives…

Beau et triste, ce film sentimental qui s’attarde sur d’agréables images de la lagune en hiver bénéficie d’une mise en scène soignée et d’un bon jeu d’acteurs. Il dépeint avec subtilité la confrontation de deux cultures et la xénophobie. Une compréhension mutuelle naît entre les deux protagonistes ; Bepi, qui est là depuis quarante ans, est considéré de ce fait comme un Italien par ses collègues pêcheurs. Li, qui parle à peine l’Italien, est victime des préjugés qui touchent les Chinois. L’originalité du sujet rend le film d’autant plus pertinent.

 Journal de France         

Ce documentaire retrace la carrière du grand photographe et cinéaste Raymond Depardon. Il est réalisé avec sa femme et preneuse de son Claudine Nougaret. Cette dernière, qui fait le commentaire du film, explique qu’il traînait pour faire ce film (projet de longue date) et qu’elle a profité de son voyage en camping-car dans toute la France pour trier ses films dans la cave de leur maison.

Cela donne donc un très beau film, qui joue sur le contraste entre tous ces reportages réalisés au cœur de l’action et de l’actu et ce récent road-trip dans les coins les plus reculés de la France, la « France des sous-préfectures », que Depardon connaît finalement mal, moins que tous ces pays étrangers où il est allé tourner, comme il le fait remarquer. Depardon photographie à la chambre noire la France de la « non actualité » dans plus de 65 départements (seulement une partie a fini dans le film bien sûr). Nougaret de son côté dévoile des bouts de films inédits qui lui permettent de nous raconter la carrière de son mari. Mais c’est surtout, finalement, l’histoire récente (guerre du Biafra, printemps de Prague, campagne de VGE…) et le monde actuel que dépeint Journal de France avec un certain regard, celui d’un témoin qui cherche à montrer les choses telles qu’elles sont sans avoir d’impact sur ce qu’il film.

 Margin Call          

Ce film était sorti début mai et je l’avais raté. Par chance, il repasse dans mon cinéma et j’ai pu en profiter. A la veille de la crise financière de 2008, l’équipe du département de la gestion des risques d’une grande banque de Wall Street qui ressemble beaucoup à Lehman Brothers détecte de grosses pertes financières qui dépassent la valeur de l’entreprise depuis quelques semaines. En 24h, récit de la prise de conscience, de supérieur en supérieur jusqu’au PDG, puis des retombées du crash imminent…

C’est le premier film de J. C. Chandor, fils d’un ancien employé de Merrill Lynch, et il a un casting en or : Kevin Spacey, Paul Bettany, Jeremy Irons, Zachary Quinto, Simon Baker et j’en passe. Le film a l’intérêt de montrer la crise à l’échelle humaine, sans adopter un point de vue anticapitaliste comme la plupart des films sur le sujet. Le réalisateur a eu le souci de simplifier le jargon utilisé, cependant le néophyte ne comprend pas grand-chose mis à part que ça va mal et qu’il faut tout vendre à la première heure. Mais c’est suffisant, car l’intérêt est surtout l’aspect humain, à travers notamment les deux jeunes à la base de la hiérarchie (Zachary Quinto, toujours très bon et Penn Badgley), la crainte constante du licenciement (la machine implacable de l’entreprise fait des victimes dès le début du film), la prise de conscience de l’impact que des chiffres sur un écran peuvent avoir sur la société toute entière et le commun des mortels, l’impression que plus on monte dans la hiérarchie, plus on a affaire à des gamins incompétents.

Entre humanité et jungle du capitalisme, l’univers du film m’a paru très juste, avec en plus des acteurs à la hauteur de leur réputation et de très beaux plans de New York. La mise en scène est élégante et le scénario bien fichu. On suit avec un plaisir certain la montée de l’information jusqu’au sommet et les interactions entre les personnages, qui sont autant d’occasions pour les grands acteurs de se donner la réplique. Finalement, on est à la fois rassurés et inquiets de voir que même ces gens-là n’y comprennent pas forcément grand-chose…

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