Cinéma

Django Unchained : après le nazisme, l’esclavagisme dans un western jouissif

Fra+Django+Unchained

C’est tout naturellement que Quentin Tarantino s’est attaqué au genre du western, puisque son style inspiré de Sergio Leone, auquel il a voulu rendre hommage (le film devait s’appeler « The Angel, The Bad and The Wise », et ceux qui l’ont vu comprendront qui est qui), s’y prête très bien. On remarquera qu’il a choisi un nouveau thème propice au défoulage : après avoir tapé sur les nazis dans la France occupée de 1940, il tape ici sur les négriers du sud des Etats-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession, et c’est tout aussi bon.

L’esclave Django est libéré par un chasseur de prime, le Dr King Schultz, qui lui demande de l’aider à identifier et éliminer ses anciens maîtres, les frères Brittle, dont la tête est mise à prix. En échange, Schultz lui rendra sa liberté une fois le travail accompli. Django deviendra par la suite chasseur de prime à ses côtés, et Schultz acceptera de l’aider à atteindre son but ultime : retrouver sa femme, Broomhilda, qui lui a été enlevée par le commerce des esclaves, et qui a été achetée par le puissant Calvin Candie, propriétaire d’une grosse plantation dans le Mississipi…

Dès l’ouverture du film, on est frappés par la très bonne bande originale, avec des morceaux anciens et un morceau inédit d’Ennio Morricone, qui a composé les fameux thèmes des films de Leone. La musique est omniprésente et très bien utilisée, parfois country, parfois rock, avec même un peu de rap anachronique. On est aussi frappés par la mise en scène particulière et ingénieuse de Tarantino, qui use et abuse des gros plans et des excentricités qui sont sa marque de fabrique comme les indications spacio-temporelles qui mangent l’écran ou ces zoom-in surprenants sur Candie (Leonardo DiCaprio). Sans oublier les très beaux paysages que le film nous offre, notamment dans sa première partie.

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Mais le plus notable est bien entendu les personnages principaux, et leur interprétation de qualité par un casting de choix aux looks soignés. On retrouve d’abord l’excellent et polyglotte Christoph Waltz dans le rôle de l’Allemand Schultz, personnage drôle et sympathique puisque seul Blanc à ne pas considérer les Noirs comme inférieurs et à ne pas se formaliser d’en voir un monter à cheval. Il est une sorte de mentor pour Django. Son interprétation repose beaucoup sur la langue : un anglais soigné qui l’oppose aux autres personnages et devient un ressort comique, mais aussi de l’allemand et un peu de français (à voir absolument en VO donc). Prix d’interprétation masculine aux Golden Globes mérité.

De l’autre côté, le très bon Leonardo DiCaprio dans le rôle du pernicieux Calvin Candie, amateur de combats de Mandingos, combats à mort d’esclaves noirs sur lesquels on mise de l’argent. Portant le nom de ce qu’il cultive, il peut ainsi ironiquement nommer sa plantation sucrière « Candyland », nom évoquant à tort une sorte de paradis. Son interprétation de cet homme exubérant, puissant et sans pitié est magistrale, montrant que l’acteur est capable d’incarner tous les types de personnages, si on en doutait encore. Mention spéciale à la scène du dîner, où il se serait réellement blessé la main sans que ce soit prévu dans le scénario mais aurait continué à tourner.

Jamie Foxx, enfin, campe un Django dont on observe la métamorphose tout au long du film, de la soumission à la vendetta, en passant par le faux-expert en Mandingos qui va jusqu’à laisser l’un des siens se faire dépecer par des chiens pour rester dans le personnage. Le film porte donc bien son nom. L’évolution de son look est notable, avec parfois des tenues anachroniques amusantes. Mais son personnage taciturne est indéniablement plus effacé que les deux mentionnés précédemment.

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Enfin il ne faut pas oublier Samuel L. Jackson, qui incarne avec brio Stephen, responsable de Candyland qui semble encore plus persuadé que les Blancs de l’infériorité de son peuple, et qui joue un rôle clé dans l’intrigue. Il se glisse avec succès dans la peau de cet oncle Sam faussement sénile, à la position apparemment intenable, très dévoué à sa plantation.

Car l’esclavagisme est le sujet central du film, ce qui fait quelque part son originalité par rapport à un western spaghetti classique. On ne compte plus le nombre de « nigger » prononcés tout au long de l’histoire, mot aujourd’hui banni du vocabulaire américain. La façon dont la sorte de Klu Klux Kan qui s’en prend aux héros est ridiculisée par leurs cagoules mal fichues ou la scène glaçante où Candie expose sa phrénologie des Noirs sont mémorables et témoignent de l’audace tarantinesque. Django Unchained comporte son lot de scènes et de citations déjà cultes.

Les effusions de sang, là encore une des marques de fabrique de Tarantino, sont fréquentes et les ficelles scénaristiques qui les amènent sont visibles : tout est prétexte à massacre, et les balles font gicler bien plus de liquide que nécessaire, jusqu’à repeindre les murs du manoir de Candie. Comme à chacun de ses films, Tarantino a été critiqué pour ce surplus de violence, notamment dans le contexte actuel de fusillades (Aurora, Sandy Hook…). Mais je suis tout à fait d’accord avec lui quand il dit que la violence dans la vraie vie et dans les films n’ont rien à voir. Les films violents, on aime ou on aime pas. Et moi j’ai adoré ce film. « Why the need for so much gruesome graphic violence? » lui demandait-on à propos de Kill Bill. « Because it’s so much fun! »

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